Un tube Nixie est un afficheur électronique à décharge gazeuse : une ampoule de verre scellée, remplie de néon à basse pression, dans laquelle dix cathodes métalliques découpées en forme de chiffres de 0 à 9 sont empilées les unes derrière les autres. Quand une tension d'environ 170 volts alimente l'une de ces cathodes, le gaz s'ionise autour du chiffre choisi et l'enveloppe d'une lueur orange chaude. Commercialisé par la société américaine Burroughs au milieu des années 1950 puis produit en masse jusqu'à la chute de l'URSS, le tube Nixie a ensuite disparu des chaînes de production, et chaque exemplaire encore en circulation est une pièce d'époque.
Voilà pour la définition. Reste à expliquer pourquoi cet objet occupe mes journées. Je m'appelle Alexis Cresson, je suis data engineer de formation et je fabrique des tableaux de bord physiques à tubes Nixie dans mon atelier des Yvelines. Autant l'écrire d'emblée : je ne suis pas neutre. Cet article rassemble ce que j'aurais aimé lire le jour où j'ai déballé mon premier lot de tubes.
Ce que l'on voit quand un tube Nixie s'allume
De l'extérieur, un tube Nixie ressemble à une petite ampoule cylindrique, à peine plus haute qu'un pouce. À travers le verre, on distingue un empilement de fines silhouettes métalliques : les dix chiffres, découpés dans une feuille de métal et séparés de moins d'un millimètre les uns des autres. Devant eux, une grille en nid d'abeille sert d'anode et laisse passer le regard.
Alimentez la cathode du 7 et le gaz qui l'entoure se met à briller. Le 7 apparaît en orange, net, cerné d'un halo doux. Les neuf autres chiffres restent visibles en filigrane, éteints, juste derrière. Et comme chaque chiffre occupe son propre plan dans la profondeur du tube, le 3 ne s'allume pas exactement à la même distance du verre que le 8. L'affichage respire. Aucun écran ne m'a jamais fait cet effet.
Je me souviens précisément du premier IN-14 que j'ai allumé à l'atelier. Une alimentation haute tension posée sur un coin d'établi, deux pinces crocodiles, un multimètre par prudence, et ce 3 orange qui s'est mis à flotter dans le verre. J'ai éteint le plafonnier et je suis resté un long moment à le regarder. Nixie Pulse est né ce soir-là, même si je ne le savais pas encore.
L'histoire des tubes Nixie : Burroughs, l'âge d'or, l'URSS
L'histoire commence dans le New Jersey, chez Haydu Brothers Laboratories, un fabricant de tubes électroniques fondé par deux frères. Burroughs rachète l'entreprise en 1954 et présente peu après un afficheur qui va marquer l'électronique du vingtième siècle, désigné en interne NIX I, pour Numeric Indicator eXperimental numéro 1. Le surnom Nixie lui restera.
Des années 1950 aux années 1970, le tube Nixie règne sur l'affichage numérique. On le trouve dans les voltmètres de laboratoire, les fréquencemètres, les compteurs industriels, les halls d'aéroport et les salles de contrôle. Les premières calculatrices électroniques de bureau, comme l'ANITA britannique au début des années 1960, affichent leurs résultats sur des tubes de cette famille. À cette époque, quand une machine devait montrer un chiffre à un humain, ce chiffre passait très souvent par un tube Nixie. Les concurrents s'appellent alors afficheurs électromécaniques ou tubes fluorescents, et aucun ne combine la même lisibilité avec l'absence totale de pièce mobile.
L'Union soviétique adopte le principe et en produit des millions d'exemplaires pour ses besoins industriels et militaires. Des références comme l'IN-12 ou l'IN-14 sortent d'usines telles que Gazotron et équipent des instruments de mesure, des centraux téléphoniques et des consoles de centrales. Cette production continue longtemps après que l'Occident a tourné la page.
Car la page tourne vite. Dès les années 1970, les afficheurs LED à sept segments s'imposent : moins chers, alimentés en basse tension, simples à piloter avec les circuits intégrés naissants. Les écrans LCD suivent. Face à eux, le tube Nixie et ses 170 volts font figure d'anachronisme industriel. Les fabricants occidentaux abandonnent au fil des années 1980, et les usines soviétiques s'éteignent avec l'URSS au début des années 1990.
L'histoire aurait pu s'arrêter là. Elle repart au début des années 2000, quand des passionnés d'électronique redécouvrent les stocks dormants d'Europe de l'Est et se mettent à construire des horloges. Internet fait le reste. Les tubes voyagent d'Ukraine et de Russie vers les établis du monde entier, une communauté se structure, des artisans en font leur métier. Un Tchèque, Dalibor Farný, pousse la passion jusqu'à relancer une fabrication artisanale de tubes neufs, soufflés à la main en petites séries. La production de masse, elle, n'a jamais repris.
Pourquoi un tube des années 1980 fascine encore
La lumière, d'abord. La lueur du néon ionisé est chaude, stable, sans scintillement perceptible. Elle éclaire une pièce sombre comme une braise, sans agresser l'œil. En travaillant sur mes prototypes, j'ai comparé des dizaines de LED orange pour tenter de m'en approcher : aucune ne rend cette texture.
Il y a ensuite la profondeur. Un chiffre Nixie est un objet en métal, posé à quelques millimètres derrière le verre, devant et derrière ses neuf voisins. Votre œil perçoit ce relief même sans l'analyser. Voilà pourquoi les tubes sont si difficiles à photographier : l'image aplatit précisément ce qui fait leur charme.
La rareté joue aussi. Les tubes encore disponibles sont des stocks d'époque, dits NOS pour New Old Stock : fabriqués il y a 35 à 55 ans, conservés dans leur emballage d'origine et jamais mis en service. Chaque tube qui s'allume aujourd'hui est un survivant de la guerre froide, et le stock mondial diminue chaque année sans usine pour le reconstituer.
Et puis il y a l'histoire. Un tube sorti d'une usine soviétique en 1983 pour finir dans une console industrielle, et qui affiche en 2026 le chiffre d'affaires d'une boutique en ligne française, condense cinquante ans de technologie dans dix centimètres de verre. Je trouve ça vertigineux, et visiblement je suis loin d'être le seul.
Que peut-on afficher avec des tubes Nixie en 2026 ?
L'usage le plus répandu reste l'horloge Nixie : quatre ou six tubes qui donnent l'heure. Nixie Pulse inclut d'ailleurs un mode horloge, et le firmware actuel affiche l'heure sur les tubes avec un dimming nocturne automatique. Une belle horloge, donc. Mais j'ai conçu l'objet pour aller plus loin.
Un Pulse est avant tout un tableau de bord physique : il se connecte en Wi-Fi à vos outils et affiche vos propres chiffres. Votre revenu mensuel Stripe, le cours du Bitcoin, vos commandes Shopify du jour ou les étoiles de votre dépôt GitHub, avec une mise à jour toutes les 60 secondes. Les créateurs peuvent aussi en faire un compteur d'abonnés physique pour YouTube, Instagram ou Twitch. La liste complète des sources se trouve sur la page intégrations.
Les gammes vont de 4 à 8 tubes, assemblées à la main en France, à partir de 990 €. Vous pouvez les comparer sur la page collection. Le lancement passera par le financement participatif en octobre 2026, avec une remise Early Bird de 20 % réservée à la liste d'attente. Et si la provenance des tubes vous intrigue autant qu'elle m'a intrigué, j'ai détaillé tout le circuit, de l'usine soviétique à mon établi, sur la page fabrication.
L'essentiel à retenir
Le tube Nixie est un afficheur à décharge gazeuse commercialisé par Burroughs au milieu des années 1950, après le rachat de Haydu Brothers en 1954. L'URSS en a produit des millions d'exemplaires jusqu'au début des années 1990, puis la production en série s'est arrêtée définitivement. Les tubes utilisés aujourd'hui sont des stocks d'époque jamais mis en service, testés et remis en route par des artisans. Chez Nixie Pulse, ces tubes affichent l'heure grâce au mode horloge inclus, et surtout vos données en temps réel. Cette rencontre entre une matière première historique et vos chiffres d'aujourd'hui résume tout le projet.
Questions fréquentes sur les tubes Nixie
Fabrique-t-on encore des tubes Nixie neufs ?
La production en série s'est arrêtée au début des années 1990 avec la disparition de l'URSS. Un artisan tchèque, Dalibor Farný, fabrique des tubes neufs à la main en petites séries, et c'est à ma connaissance la seule exception. Tout le reste du marché repose sur les stocks NOS d'Europe de l'Est. Les IN-14 de Nixie Pulse en proviennent, testés un par un avant assemblage, comme expliqué sur la page fabrication.
Un tube Nixie est-il dangereux ?
Il fonctionne sous une tension d'environ 170 volts, ce qui impose de vraies précautions quand on expérimente sur un circuit à nu. Dans un produit fini comme un Pulse, cette haute tension reste confinée à l'intérieur du boîtier et aucune partie accessible n'est sous tension. Le verre du tube se manipule comme celui d'une ampoule classique, avec un minimum de soin.
Quelle est la durée de vie d'un tube Nixie ?
Les IN-14 que nous utilisons sont certifiés pour plus de 100 000 heures de fonctionnement, d'après la spécification du constructeur d'origine. L'ennemi réel du tube s'appelle le cathode poisoning, un encrassement des chiffres peu utilisés, que notre firmware neutralise par des cycles réguliers. J'ai consacré un dossier complet au sujet : comment fonctionnent les tubes Nixie IN-14.
